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Au 21e siècle, le pouvoir de nuisance d’un
client déçu ou mécontent atteint un niveau
jamais connu. De roi, le client est, à certains
égards, devenu une sorte de despote, susceptible
de publier sur internet des commentaires
assassins, et capable d’insulter au téléphone
ou par email l’innocent conseiller qui a
le malheur de se trouver à sa portée.
« Dès que l’homo cliens est contrarié ou
lorsqu’il pense que l’on ne fait pas comme il le
voudrait immédiatement, il dévore son interlocuteur
et va jusqu’à mordre » écrit Georges
Chétochine dans Le Blues du Consommateur.
Certains vendeurs en ligne appellent les
clients leur ayant laissé une mauvaise évaluation
pour tenter de la leur faire modifier
ou supprimer. Il suffit d’une mauvaise
expérience dans un restaurant, un mot de
travers d’un serveur habituellement irréprochable,
pour entacher durablement
la réputation de l’établissement sur des
dizaines de sites internet affiliés. Moins que
jamais, une entreprise quelle qu’elle soit a le
droit de décevoir.
Et si, en plus des efforts coûteux
déployés pour satisfaire les attentes de nos
clients, l’on travaillait ces attentes elles-mêmes,
de sorte à les rendre plus facilement
accessibles ?
A. SE DIFFERENTIER PAR LA RELATION CLIENT
Une conjonction de facteurs a abouti à la remarquable
uniformité des offres de biens et de services :
La limitation des risques, d’abord, a grandement entravé
les velléités d’originalité. Certaines marques historiquement
différentes (Porsche, Apple), font en sorte de perpétuer
leur différence, née il y a plusieurs décennies. Les
autres inventent d’infinies variations autour de modèles
communs.
Par ailleurs, en créant le concept de comparaison factuelle
immédiate (qu’il s’agisse d’un forfait téléphonique
ou d’une machine à pain), internet a poussé les fournisseurs
de biens et de services à aligner les caractéristiques
de leurs offres. L’internaute a un accès immédiat à toutes
les offres, que des comparateurs spécialisés dissèquent
froidement.
Enfin, il n’est pas interdit de penser que la mondialisation
des universités et la convergence des critères de recrutement
chez les ingénieurs et autres spécialistes du marketing
a probablement un peu plus encouragé l’uniformisation
des esprits.
La conséquence, c’est que le service a remplacé depuis
longtemps les biens comme source de différenciation
et de rentabilité. Or le service a, par essence, une forte
teneur en relation client – qu’il soit fourni en magasin, au
téléphone, dans un garage, ou sur internet.
« Depuis 50 ans le centre de gravité de la différence s’est
déplacé de la fabrication vers le marketing puis du marketing
vers la relation client », écrit Chétochine.
Le problème, c’est que la relation-client n’est pas ce qu’il
y a de plus facile à différencier ! Les marques de luxe font
en sorte de montrer à chaque client combien il est unique
et important : en magasin, l’espace, l’environnement sensoriel,
l’attitude et le comportement des employés peuvent
y contribuer.
Au téléphone ou sur internet, c’est plus difficile. Pour
le commun des entreprises, c’est encore plus compliqué
puisque la relation client repose en grande partie
sur l’humain, qui est à la fois coûteux (et dont l’intervention
a donc tendance à diminuer), et le maillon le
moins fiable, capable d’erreurs, d’approximations, de
méconnaissance voire, oh sacrilège ! de faire des promesses
qu’il ne sait tenir. En conséquence, le maillon
le plus susceptible de personnalisation et d’emphase est
généralement cantonné à l’application de process stricts,
simples à contrôler. Où est la différenciation ?
B. GERER LES ATTENTES
Le paradigme ayant prévalu majoritairement est que les
attentes des clients sont une donnée de base immuable,
qu’il faut satisfaire pour les fidéliser.
L’enquête traditionnelle visant à comprendre les attentes
du client est le point de départ pour établir une
fois pour toutes les priorités et tenter de faire progresser
son baromètre de satisfaction, qui (en forme de note sur
10, de NPS, de pourcentage ou autre) figure désormais
à l’agenda du président. La variable est la satisfaction ;
les attentes ne sont en général ni une variable ni un paramètre,
mais une constante de l’équation.
Pourtant, l’examen approfondi des études d’attentes
révèle que différents clients d’une même marque ont
souvent des attentes distinctes, parfois très différentes.
De nombreux paramètres influent donc sur les attentes
de chacun. Mais, alors, n’y a-t-il pas moyen d’influer sur ces
attentes ? De les gérer comme on gère une politique
commerciale, une politique tarifaire, une politique de
service ? Et, tant qu’à faire, de les amener vers un niveau
d’attente que l’on sait pouvoir satisfaire ? Voire dépasser ?
D’où vient cette différence ?
- l’expérience de chaque client est différente
- son environnement émotionnel est distinct,
- la promesse qui lui a été faite n’est pas toujours
la même,
- sa connaissance des produits, du marché, est très
variable,
- - etc.
Nous y voilà. A niveau de service donné, tâchons de
jouer sur le curseur des attentes. Créons les attentes !
Le levier d’action dont dispose l’entreprise, c’est celui des
engagements. Un réel pilotage des engagements est nécessaire
pour gérer les attentes.


C. PILOTER LES ENGAGEMENTS CONTRACTUELS POUR MIEUX SATISFAIRE LES ATTENTES CLIENT
Le premier niveau d’attentes est lié à l’engagement
contractuel. Cela comprend ce que tout client,
en toute circonstance, peut légitimement (mais pas toujours
juridiquement) exiger. Le départ de cet engagement
est généralement ce sur quoi le Président s’engage
publiquement face aux clients, de sorte que chacun, dans
toutes les strates de l’organisation, se sente tenu d’en
respecter les termes. Dans tous les cas, il est non négociable
dans le contrat qui lie l’entreprise à son client. C’est
la propreté de la chambre d’hôtel. C’est le délai d’intervention
lors d’une panne d’ascenseur. Ce sont, plus généralement,
tous les facteurs qui créent plus d’insatisfaction
en cas de manquement que de satisfaction en cas de respect
car le client le considère parfaitement normal.
De nombreux problèmes d’insatisfaction viennent
du fait que, sans le vouloir, chaque promesse
faite par l’entreprise à son client vient s’ajouter aux
engagements contractuels et augmenter les « attentes
contractuelles ». Le SAV a promis une réparation sous
24 heures ? Le vendeur a assuré que l’imprimante
fonctionnerait sur ce vieux Mac ? Voilà 2 attentes
légitimement basiques. Au-delà des conditions générales
de vente, toute promesse, même orale, même implicite,
engage.
5 facteurs contribuent à augmenter ces « attentes
contractuelles » :
- Le système d’intéressement des commerciaux, qui
sous-pondère (voire ignore) la satisfaction, au profit
des chiffres de vente, et qui met des oeillères redoutablement
efficaces aux vendeurs.
- La faiblesse humaine, qui tend à vouloir faire plaisir
sur l’instant (« on vous rappelle sous 48 heures sans
faute ! »), plutôt que de risquer une explication pénible,
et ce, a fortori dans des organisations qui ne
cessent de brandir la satisfaction du client comme
objectif primordial.
- La segmentation des équipes, qui fait que celui qui
promet n’est pas celui qui doit tenir la promesse,
et que celui-ci ne se sent pas engagé par la parole de
celui-là (lorsqu’il en a connaissance !).
- Une communication excessivement implicite ou
imprécise qui laisse au client l’interprétation d’un
délai ou du contenu d’un service.
- Enfin, la surenchère dans les offres commerciales.
Le lecteur notera que ce 5ème facteur, généralement brandi
comme le principal facteur d’une promesse difficile à
tenir, est loin d’être le plus gros générateur de promesses.
Les offres commerciales sont généralement (pas toujours,
certes) bâties en prenant en compte les possibilités
opérationnelles et techniques.
Pour éviter de tendre quotidiennement à ses clients le
bâton pour se faire battre, il est essentiel de piloter et
contrôler la génération des attentes contractuelles :
- Identifier dans le parcours client l’ensemble des
espaces et des moments où un engagement est pris
et des attentes sont susceptibles d’être générées.
- Définir limitativement les attentes contractuelles
cibles, notamment via des engagements de service
publiés, communiqués, partagés et explicites. A l’inverse,
définir des dédommagements forfaitaires et
immédiats pour les cas de manquement.
- Les limiter, en communiquant des consignes claires à
l’ensemble des acteurs de la chaîne de génération des
attentes, qui doivent être formés à passer outre leur
propre envie de faire plaisir sur l’instant.
- Surveiller à la fois les attentes réelles des clients et
prospects, et les promesses faites, par des mesures
régulières (mystery shopping, enquêtes ad hoc, etc.) :
il faut mesurer pour pouvoir contrôler.
- Communiquer pro-activement en cas de manquement,
et le plus rapidement possible.
D. DEPASSER LES ATTENTES OU COMMENT CREER L'EFFET WAOUH!
Combien de fois êtes vous surpris « en bien », dans
une journée ? Dans un mois ? L’électricité, au mieux,
fonctionne ! Un chantier achevé dans les temps, sans
défaut et dans le budget, relève de l’exception. Un train,
dans le meilleur des cas, arrive à l’heure. Et l’on ne parle
que de ceux qui sont en retard - un vrai drame pour
la SNCF.
Dans notre environnement économique, les systèmes
sont prévus pour fonctionner. Parfois, ils dysfonctionnent.
Mais quels systèmes sont conçus pour marcher
mieux que prévu ?
Or, ce sont les instants d’ « enchantement » qui marquent
la mémoire du client, qui le rendent éternellement fidèle
et le transforment en promoteur de la marque. C’est le
fameux effet waouh !
Comment faire en sorte qu’un client soit « surpris en
bien » ? Voici quelques pistes :
- Mettre en oeuvre les détails, les petites attentions qui
surprennent en bien. Depuis le coup d’éponge sur le
pare-brise chez Total à la petite carte de remerciement
manuscrite envoyée au lendemain de l’ouverture
d’un compte, nombreuses sont les idées simples
à mettre en oeuvre.
Cela peut/doit être défini dans les process, à condition
que l’existence de ces règles soit invisible pour le client.
L’hôtesse de Cathay Pacific qui consulte ostensiblement
son listing pour venir saluer personnellement le passager
« gold » coincé dans un siège de classe éco, en écorchant
son nom, agace plus qu’autre chose.
- Toujours annoncer des délais légèrement surestimés qui ont une chance de pouvoir être devancés !
- Cultiver l’esprit de service, à la manière du personnel de
réception des chaînes hôtelières de luxe qui, indépendamment
des possibilités qu’il a, est formé à montrer la
plus grande empathie et la plus forte volonté de trouver
des solutions, quel que soit le problème qui leur
est soumis.
- Se renouveler. La salade d’accueil a vécu !
E. CONCLUSION
« Under promise, over deliver », ce slogan repris largement,
y compris par Michael Howard lors de son accession
à la tête des Torries, est une façon simple de résumer
le propos.
Il comporte néanmoins 2 challenges :
- Transformer la culture de l’entreprise pour apprendre
que les attentes peuvent et doivent se piloter.
- Instiller un esprit d’entreprise qui embarque à la fois la satisfaction absolue des attentes contractuelles et
la recherche permanente de l’effet waouh !
Une réelle gestion des attentes clients tout au long
de son parcours est un levier essentiel pour maximiser
la satisfaction et la fidélité. Elle nécessite d’accorder une
place particulièrement importante à la voix du client et
à la gestion du parcours client.
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